Bernard Gustin : « Je crois à une ‘alliance’ comme dans l’aviation ».

Flowsmagazine, Transport Ferroviaire
Koen Heinen
Bernard Gustin en Marie Delvaulx

Le dernier magazine Flows avait pour thème la « durabilité ». Il contient également un article sur Lineas. Le PDG Bernard Gustin a fait appel à une experte ESG en la personne de Marie Delvaulx. Son rôle : identifier les opportunités en matière de développement durable et les placer suffisamment haut dans l’agenda du conseil d’administration.

Selon Bernard Gustin, l’ESG (Environnement, Social et Gouvernance) est une question très importante qui n’est pas communiquée de manière suffisamment explicite. « C’est pourquoi j’ai demandé à Marie Delvaulx de rejoindre le conseil d’administration il y a un an. Nous constatons, par exemple, que le transport ferroviaire, qui est l’une des solutions à l’un de nos principaux problèmes sociaux, n’est de toute façon pas positionné dans ce domaine », explique-t-il.

M. Delvaulx a une expérience dans le domaine du développement durable. « Au cours des 10 à 15 dernières années, j’ai travaillé dans le secteur de la vente au détail et dans des organisations à but non lucratif axées sur le développement durable. Mon rôle et mon intention au sein du conseil d’administration sont donc de placer le développement durable suffisamment haut dans l’agenda et de travailler avec les équipes qui s’en occupent tous les jours pour voir quelles sont les opportunités et les défis.

Décarbonisation de l’industrie

M. Gustin souhaite que Lineas et l’ensemble du secteur ferroviaire s’améliorent en termes de développement durable : « Un train, c’est six fois moins d’émissions et six fois moins de consommation d’énergie, même si notre flotte est encore en partie alimentée au diesel. Au départ, nous voulons vraiment positionner Lineas en tant qu’actif ESG du fait que nous aidons le secteur à se décarboniser. Je définis Lineas comme un « décarbonisateur de la chaîne d’approvisionnement de l’industrie », et non comme une entreprise ferroviaire. Pour nos principaux clients, il est essentiel que leur chaîne d’approvisionnement soit aussi verte que possible.

« Nous avons des objectifs clairs qui répondent aux Accords de Paris, avec des projets visant à réduire notre empreinte carbone et à la ramener à zéro un jour. Nous testons différentes technologies, des carburants alternatifs et des locomotives hybrides dotées d’une batterie qui se recharge pendant la conduite. Cela nous permettra de rouler sur batterie sur des voies non électrifiées sans émissions. Nous demandons nous-mêmes à utiliser une locomotive à hydrogène. Ce n’est pas encore une solution évidente, mais nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour qu’à l’avenir, les parties qui ne se trouvent pas sur un réseau électrifié puissent également fonctionner sans émissions », explique le PDG.

Conducteurs de train

Outre la technologie, Lineas s’efforce de réduire autant que possible les émissions existantes grâce à la contribution des employés/conducteurs de train. « La manière de conduire peut avoir un impact réel sur les émissions. Nous devrions également essayer d’utiliser nos actifs autant que possible et ne pas les laisser inutilisés, car cela entraîne des émissions inutiles. Le comité ESG présidé par Marie veille à ce que toutes ces actions soient suffisamment efficaces », explique M. Gustin.

« Il est important que ce suivi soit effectué pour un certain nombre de piliers de la stratégie de développement durable, dont l’un est la réponse au changement climatique. L’écoconduite est un indicateur de performance clé (KPI) de ce pilier. Il est également important que le conseil d’administration ne se contente pas de dire ce qu’il veut faire, mais qu’il se fixe des objectifs et les mesure année après année », ajoute M. Delvaulx.

Locomotive hybride, HVO, EMAG et hydrogène

En ce qui concerne les sources d’énergie alternatives, M. Gustin considère la locomotive hybride comme une solution évidente : « Les gens n’ont pas encore décidé de la technologie à utiliser. Une locomotive hybride est très facile à mettre en œuvre. Si un trajet longue distance se termine sur un réseau non électrifié pour le dernier/premier kilomètre, par exemple dans le port d’Anvers, la locomotive peut passer à la batterie pour les derniers kilomètres.

« Le plus gros problème est celui des locomotives de manœuvre qui circulent localement dans un port sur un réseau non électrifié à près de 100 %. Pour cela, le ‘carburant durable’ (comme les variantes de biodiesel HVO et FAME) est une solution facile. Cela dit, nous étudions également la possibilité d’utiliser des locomotives à hydrogène. Nous étions prêts à faire un essai cette année, mais comme nous dépendons du soutien du gouvernement, nous ne savons pas encore si cela se produira. Nous travaillons pour cela avec CMB à Anvers. Cette dernière fait la même chose avec ses navires. Seulement, l’hydrogène doit être produit avec de l’énergie verte et une capacité suffisante doit être mise en place. Je constate qu’Anvers a de grands projets dans ce domaine et qu’il s’agit d’un bon endroit pour démarrer une telle activité », explique M. Gustin.

Des subventions sont nécessaires

Le transport durable est-il également synonyme de transport plus coûteux ? « Chaque entreprise peut avoir des objectifs en matière d’émissions de CO2, mais sont-ils suffisamment élevés ou ambitieux pour réaliser les accords de Paris ? C’est pourquoi l’initiative « Science Based Target » (SBTI) a été créée, et toutes les entreprises devraient y adhérer afin de fixer des objectifs climatiques conformes aux accords de Paris. Lineas est signataire et espère que ces objectifs seront validés par la SBTI cette année », explique M. Delvaulx.

« Alors si la question est de savoir si c’est plus cher ? Toute entreprise qui examine ses émissions indirectes dans sa chaîne d’approvisionnement devra, à un moment ou à un autre, souscrire elle-même à des « objectifs scientifiques », ce qui pourrait bien avoir un effet boule de neige. L’impact environnemental sera de toute façon plus coûteux si nous ne faisons rien, car nous n’aurons alors tout simplement pas de planète vivable. Je crois fermement aux partenariats. Ce n’est pas forcément plus cher, mais il est important de travailler avec les bons partenaires et d’avoir les bonnes connaissances, qui ne sont pas uniquement internes », poursuit M. Delvaulx.

« Il existe aujourd’hui des solutions moins coûteuses (lire : le transport routier), mais elles ont un impact clairement pernicieux sur l’environnement. Pourtant, elles restent largement subventionnées. Chaque année, 2,7 milliards d’euros de subventions y sont consacrés, dont une partie est également destinée à des entreprises étrangères. Quand on dit que c’est pour maintenir l’emploi en Belgique, c’est un mauvais raisonnement. Ces entreprises étrangères ne créent pas un seul emploi dans notre pays, alors que nous réclamons des conducteurs de train. C’est une question de décalage », déclare M. Gustin.

« L’impact du rail sur la société est peut-être plus coûteux aujourd’hui, mais cet autre mode de transport n’est-il pas trop bon marché par rapport à la charge qu’il crée ? Personnellement, je pense que nous ne devrions pas dépendre de subventions, mais simplement allouer les coûts adéquats. Prenons l’exemple du chargement d’un seul wagon. Pour le rendre compétitif par rapport au transport routier, nous avons besoin de subventions. Tant qu’il y aura cent fois plus de subventions pour cet autre mode de transport, nous continuerons à avoir besoin de ces subventions », souligne le PDG.

Un « voyage » avec des objectifs

Quatre piliers ont été développés au sein du comité ESG de Lineas. Le premier est « Répondre au changement climatique ». Le deuxième concerne la manière dont nous pouvons rendre notre propre chaîne d’approvisionnement plus durable en travaillant avec les fournisseurs et l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Le troisième est le « capital humain ». Vous pouvez avoir la meilleure stratégie qui soit, mais si vous n’avez pas votre personnel qui adhère à cette stratégie, vous n’irez nulle part. Nous avons également mis au point un certain nombre d’indicateurs clés de performance et d’objectifs en matière de « bien-être », grâce auxquels nous souhaitons devenir un « lieu de travail idéal » d’ici à 2027. Le dernier pilier consiste à rendre visible tout ce que fait Lineas, de sorte que votre propre personnel et d’autres entreprises vous accompagnent dans votre histoire. C’est comme un « voyage » avec des objectifs que vous partagez avec vos employés, vos fournisseurs et vos clients et qui vous permet de réaliser des choses ensemble », souligne M. Delvaulx.

La GSE, un avantage concurrentiel

M. Gustin est convaincu qu’une position ouverte et claire sur les questions ESG peut constituer un avantage concurrentiel pour Lineas. Nous voulons donc faire ce « voyage » sans compromis. Le grand défi consiste à obtenir l’adhésion de tous les maillons de la chaîne d’approvisionnement. Je crois en une ‘alliance’ comme dans l’aviation. Nous devons pouvoir compter sur des partenaires qui suivent nos principes. Le jour où nous pourrons mettre en place une telle « alliance », cela fera vraiment la différence. Nous travaillons avec des partenaires qui pensent de la même manière et la partie ESG en sera un élément important », conclut-il.

Cet article a été traduit automatiquement du néerlandais vers le français.